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Conseil de Sécurité
La Situation en République Démocratique du Congo
Conseiller Diplomatique du Président de la République,
Représentant Personnel du Président en Exercice de l'OUA



New York - 24 Janvier 2000


Monsieur le Président,

Je m'adresse au Conseil de Sécurité, au nom de Monsieur Abdelaziz Bouteflika, Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire et Président en Exercice de L'OUA.

Je saisis cette opportunité pour saluer votre initiative de consacrer, sous la présidence de votre pays et durant ce mois de Janvier, les débats du Conseil de Sécurité à des questions qui constituent des grandes préoccupations pour le Continent africain. Du reste, l'année 2000 a été déclarée par le Sommet de l'OUA d'Alger, année de la paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique.

Le récent périple qui vous a conduit dans plusieurs pays en Afrique, vous a certainement permis d'apprécier à sa juste valeur la gravité de la situation. Vous avez pu recueillir sur place les avis des uns et des autres sur les voies et moyens susceptibles de contribuer à une mise en œuvre effective de l'Accord de paix de Lusaka.

Je salue la présence à cette réunion des Chefs d'État et des hauts responsables politiques africains qui ont bien voulu faire le déplacement pour montrer leur intérêt pour un règlement satisfaisant de la crise en République Démocratique du Congo.


Monsieur le Président,

La gravité et la complexité de cette crise n'avaient pas échappé à nos pays, ni à l'OUA. Les pays de la région, naturellement plus sensibles que les autres aux dangers qui en résultent, ont fourni des efforts considérables pour tenter de réunir les conditions d'un règlement pacifique de cette crise fratricide.

L'Algérie a, dès le déclenchement de la crise, appelé à la retenue et à la sagesse.

Des résultats encourageants ont été enregistrés avec la signature de l'Accord de paix de Lusaka qui a ouvert, à travers le dialogue et la concertation, la voie à des perspectives prometteuses pour le règlement définitif de ce conflit.

Cette avancée significative sur la voie du rétablissement de la paix et de la concorde en République Démocratique du Congo, accueillie favorablement par l'ensemble des États membres de l'OUA et la Communauté Internationale, bénéficie d'un soutien moral unanime.

Le 35ème Sommet de l'OUA, qui s'est tenu à Alger en juillet dernier, a salué ces progrès et appelé les parties en conflit à déployer davantage d'efforts pour la mise en œuvre sincère intégrale de l'Accord de Lusaka.

Cet Accord, constitue, de notre point de vue, un acquis important et demeure le cadre approprié, pour le règlement du conflit et la restauration de la paix et de la stabilité dans toute la région des Grands Lacs.

L'Algérie, en sa qualité de Président de l'OUA, a entrepris, dès le lendemain du Sommet d'Alger, de mettre en application les décisions adoptées par les Chefs État et de Gouvernement Africains.

Le Président Abdelaziz Bouteflika a désigné un Envoyé spécial chargé du suivi du processus de paix en RDC et dans la région. Les efforts du Président en Exercice de l'OUA ont porté dans trois directions différentes.

Premièrement, il s'est attaché à encourager les initiatives des pays de la sous-région et à appeler les parties concernées au respect des engagements pris dans le cadre de l'Accord de Lusaka et à une coopération franche et loyale dans sa mise en oeuvre. Il s'est également employé, en concertation, avec les pays de la région à aplanir les difficultés liées à la représentation, au sein des mécanismes prévus par l'accord de paix, des mouvements de la rébellion.

Deuxièmement, et en coordination avec le Secrétaire Général de l'OUA, l'action du Président Bouteflika s'est, ensuite, développée vers l'ensemble des pays africains. Son but était de renforcer leur adhésion unanime à cette entreprise et susciter leur soutien et leur appui aux efforts déployés pour sa mise en oeuvre.

Cette action a permis de réunir l'Organe Central de l'OUA chargé de la prévention, de la gestion et du règlement des conflits, qui a entériné l'appui financier de l'organisation à la Commission Militaire Mixte et le déploiement sur le terrain des vérificateurs enquêteurs africains.

Troisièmement, le Président de l'OUA s'est efforcé de sensibiliser la Communauté internationale à cette oeuvre de paix africaine. Il a demandé à tous les membres de la Communauté internationale d'apporter une contribution sérieuse à la mise en oeuvre de l'Accord de Lusaka.

Cet appel n'a, hélas, rencontré qu'une timide réponse et nous espérons que cette réunion du Conseil de Sécurité, en soulignant les dangers pour tous de la situation en RDC, suscitera des engagements plus tangibles pour une entreprise dont la réalisation souffre justement de manque de moyens.

De plus, et en coordination avec le Secrétaire Général de l'OUA, le Président Bouteflika est resté en concertation permanente avec le Secrétaire Général des Nations Unies. Son souci était de réunir les conditions d'un engagement rapide et effectif des Nations Unies dans la mise en oeuvre de l'Accord de Lusaka. Il n'a pas encore été possible, pour le moment, d'obtenir une implication des Nations Unies à la hauteur des attentes de l'Afrique et des défis que pose la crise en RDC.

La situation est urgente et comporte de réels risques de débordement. Les retards et les hésitations dans le déploiement d'une opération de maintien de la paix de l'ONU préoccupent les peuples africains qui ont besoin d'un appui de la Communauté internationale pour mener à bien le processus de paix de Lusaka.


Monsieur le Président,

La présence aujourd'hui à cette réunion, des parties signataires de l'Accord de Lusaka, représente un gage de disponibilité, dont nous prenons acte. Cette présence témoigne de leur volonté de favoriser la logique du dialogue comme moyen de règlement pacifique du conflit.

S'il est vrai que les progrès enregistrés jusqu'ici sont en deçà de nos attentes, il n'en demeure pas moins que l'Accord de Lusaka représente un acquis précieux qu'il y a lieu de mettre à l'abri de toute velléité de remise en cause. Il est de ce fait, le cadre irremplaçable au sein duquel doivent s'inscrire les efforts visant à la solution des problèmes qui nous interpellent.

Cet accord devrait faire des adversaires d'hier des partenaires déterminés à mettre en oeuvre une solution pacifique. En témoigne leur coopération avec la Commission Militaire Mixte, mise en place dès le lendemain de la signature de l'Accord de Lusaka. Ils savent tous les progrès importants accomplis par cette commission qui continue, cependant, de faire face à d'énormes difficultés matérielles et financières.

Nous souhaitons que cette Commission qui a fait la preuve de son efficience sur le terrain, soit encouragée à poursuivre sa mission.

Certains pays ont positivement répondu à l'appel du Président en Exercice de l'OUA et ont apporté une contribution matérielle ou financière à la Commission Militaire Mixte. Le Président de l'OUA les en remercie et adresse un appel urgent aux autres pays, qui ne l'ont pas encore fait, de manifester aussi leur soutien à la commission.
Monsieur le Président,

Nous déplorons profondément les récents affrontements en RDC qui ont fait, une fois de plus, des victimes parmi les civils. Ces événements regrettables vont à l'encontre les espoirs légitimes du peuple congolais et de ceux de sa région qui aspirent à retrouver la paix dans la confiance, la concorde et le bon voisinage.

Le Président Abdelaziz BOUTEFLIKA a exhorté les parties en conflit de s'abstenir de tout recours aux armes et d'œuvrer résolument, avec la Commission Militaire Mixte, pour réunir les conditions d'une mise en œuvre de l'Accord de Lusaka.

Cet Accord est un édifice fondé sur l'équilibre des intérêts et une juste répartition des sacrifices. S'il ne donne pas satisfaction à tous, il ne privilégie aucune des parties. Tout recours nouveau aux armes détruirait irrémédiablement les efforts entrepris jusqu'à ce jour dans le sens de la paix.

Le Président en Exercice de l'OUA se félicite de la désignation de Monsieur Ketumile MASIRE, ancien Président de Botswana comme facilitateur du dialogue inter- congolais. Ses hautes qualités d'homme État, sa riche expérience et son engagement personnel aideront les parties congolaises à se rencontrer et à trouver ensemble les éléments d'une réconciliation nationale.


Monsieur le Président,

Ce n'est pas la première fois que le Conseil de Sécurité examine la situation en République Démocratique du Congo. En fait, dès les premiers signes annonciateurs de la crise, le Conseil a pris les dimensions des dangers qu'elle allait représenter sur tous les pays de la région. Dans plusieurs résolutions successives et répétitives, il a appelé les parties en conflit à régler leurs différends par des voies pacifiques, s'engageant de son côté à leur apporter son aide militaire, matérielle et financière.

Malgré les lenteurs et les hésitations de leurs démarches, les parties africaines ont répondu à l'appel du Conseil de Sécurité et sont parvenues, non sans d'immenses difficultés, à l'Accord de Lusaka. La mise en application de cet Accord nécessite des moyens qui dépassent leurs possibilités.

De son côté, le Conseil de Sécurité n'a réalisé que partiellement ses engagements, en envoyant sur le terrain 79 officiers de liaison.

En d'autres temps et en d'autres lieux, le Conseil de Sécurité s'est impliqué de manière beaucoup plus énergique dans le règlement de crises mettant en danger la paix dans d'autres régions du monde. Il a su alors déployer des moyens importants allant jusqu'à un engagement militaire non dénué de risques certains.

Le Continent africain souhaiterait bénéficier de la même sollicitude de la part de la Communauté internationale. Vous avez voulu donner à cette session du Conseil un caractère exceptionnel et solennel. Il serait difficile de comprendre qu'elle ne débouche pas sur des engagements très fermes et dont la mise en application serait précisée dans sa nature et son calendrier.

C'est ce que nous, Africains, attendons de l'Organisation des Nations Unies. L'Organisation des Nations Unies, c'est-à-dire les États qui la composent, et en particulier ceux d'entre eux qui disposent de la puissance financière, de la puissance matérielle et de la puissance militaire.


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