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Déclaration De SE M.BENMEHIDI, Représentant Permanent Adjoint Sur La Question Des Aspects Civils De La Gestion Des Conflits Et De La Consolidation De La Paix



New York, le 22 septembre 2004

Monsieur le Président, permettez-moi tout d’abord de vous exprimer la satisfaction de ma délégation de vous voir présider aux travaux de notre Conseil et de vous féliciter pour le choix de ce thème qui est un thème essentiel aux travaux du Conseil et aux défis que celui-ci se doit de relever.

On assiste depuis plusieurs années à des efforts visant à faire évoluer l’Organisation des Nations Unies d’une culture de réaction vers une culture de prévention des conflits. Il en a résulté que le caractère pluridisciplinaire des missions de maintien de la paix est devenu une nécessité incontournable. L’amélioration de la planification et de l’exécution des opérations de maintien de la paix dans leur dimension militaire a appelé, en particulier, à la définition de stratégies de retrait qui ont mis en évidence l’insuffisance du seul aspect militaire pour assurer une paix durable. Le concept d’une action multidimensionnelle de la communauté internationale pour parvenir à une paix durable s’est imposé pour donner lieu progressivement à une forme plus élaborée des opérations de maintien et de consolidation de la paix.

Si les opérations internationales à caractère militaire ont prouvé leur efficacité à stabiliser la situation sur le terrain, leur capacité à rétablir l’ordre public et le fonctionnement normal des institutions dans le cadre de l’état de droit, à réhabiliter les services publics ou encore à initier le redressement socioéconomique est restée limitée en l’absence d’une composante civile dédiée à ces tâches. L’importance des aspects civils de la gestion des conflits et de la consolidation de la paix s’est vérifiée au fil de l’expérience accumulée par la communauté internationale comme l’a démontré amplement la transition réussie au Timor Oriental et comme on peut le constater aujourd’hui au Libéria où, en dépit de la présence d’une très forte composante militaire et de résultats satisfaisants obtenus dans la stabilisation de la situation, le Conseil de sécurité ne peut valablement envisager de retrait de ce pays avant plusieurs années. En effet, dans la phase qui suit la fin des hostilités le déploiement d’une composante civile comprenant des forces de police dans les proportions requises, d’une composante état de droit dédiée à la dissémination des valeurs de démocratie, de tolérance, de droits de l’homme et à la réhabilitation du système judiciaire et pénitentiaire ainsi que des dispositifs d’administration civile et d’assistance électorale, constitue une phase indispensable au retour d’une situation normale avant d’aborder la phase critique de la réconciliation, de la reconstruction et du redémarrage du développement.

La multiplicité des acteurs civils et militaires issus d’organisations internationales ou régionales diverses, sans compter l’apport de plus en plus significatif du secteur humanitaire à travers les organisations non gouvernementales, fait de la maîtrise de la coordination une nécessité qui s’inscrit dans l’objectif ultime d’une stratégie de sortie réussie. L’amélioration de la coordination interagences dans le cadre du système des Nations Unies peut servir, à cet égard, de modèle aux opérations internationales complexes. De notre point de vue, les mêmes préoccupations à l’origine de la mise en place de stratégies de sortie pour les opérations militaires devraient conduire à la définition de stratégies de sortie pour les composantes civiles des opérations internationales. Le succès de l’opération dans ses aspects civils devrait, en effet, pouvoir être mesuré à l’aune du renforcement des capacités institutionnelles du pays concerné et des liens que cette composante aura su établir avec les acteurs de la reconstruction et du développement à long terme, notamment les entreprises et les institutions du développement, qui seront, elles, appelées à prendre la relève. Le nombre croissant de crises et les sollicitations multiples en direction de la communauté internationale ont révélé l’ampleur des besoins. Actuellement plus de 56 000 casques bleus et environ 11 000 civils sont engagés dans des opérations internationales diverses pour un coût annuel équivalant à 3,5 milliards de dollars. Il est prévisible que cette tendance ira en s’accentuant surtout en ce qui concerne la proportion de la composante civile des opérations. Ceci appelle une réflexion sur la planification des ressources humaines et matérielles pour y faire face. À cet égard, l’on observe une tendance marquée de la part de l’Organisation à recourir aux possibilités offertes par le Chapitre VIII de la Charte en associant de plus en plus les organisations régionales et autres organisations internationales à la prévention des conflits et à la gestion des crises. Ma délégation appuie cette démarche dès lors qu’il est unanimement admis que les organisations régionales se présentent avec un avantage comparatif certain pour mener à bien les tâches dévolues à la composante civile des missions dans lesquelles la dimension culturelle occupe une place déterminante s’agissant d’actions caractérisées par le contact étroit avec la population et les réalités sociologiques.

Je voudrais néanmoins souligner deux principes qui nous paraissent essentiels au succès de cette collaboration internationale. Premièrement, l’appui sur les piliers régionaux ne doit pas être compris comme étant un désengagement des Nations Unies, du Conseil de sécurité en particulier, de leurs obligations au titre du maintien de la paix et de la sécurité internationales mais également au titre de la coopération au développement.

Deuxièmement, l’on devrait tenir compte de la disparité manifeste qui existe entre les différentes organisations régionales en termes de ressources financières, d’expertise et de capacités afin, le cas échéant, de pouvoir leur fournir une assistance au niveau approprié mais sans détourner les ressources destinées au développement. L’appui apporté par l’Union européenne à la nouvelle architecture de l’Union africaine en matière de paix et de sécurité par l’intermédiaire du fonds pour la promotion de la paix en Afrique, dont nous nous félicitons, nous paraît répondre à cette préoccupation. Ce genre d’initiative est de nature à faire progresser, au niveau national, l’objectif recherché de planification et de constitution de capacités civiles de gestion des crises en attente pouvant être mobilisées à l’échelon régional en cas de nécessité.

La dimension civile des opérations internationales soulève, en outre, des questions institutionnelles qu’il convient d’examiner. De ce point de vue, un rôle accru devrait être donné au Conseil économique et social qui est directement concerné par plusieurs aspects et qui dispose, en outre, d’une expérience certaine dans ce domaine acquise à la faveur des travaux du Groupe consultatif spécial pour les pays africains qui sortent d’un conflit.

Enfin, je voudrais relever que l’importance accrue accordée par la communauté internationale aux aspects civils de la gestion des crises et de la consolidation de la paix coïncide pleinement avec les priorités définies par l’Afrique dans le cadre du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique, et en particulier le renforcement d’institutions fiables et de la gouvernance comme gage de succès du développement économique. Aussi, voudrais-je réitérer notre conviction qu’un soutien de la communauté internationale dans ce domaine avant l’éclatement des conflits serait de loin moins coûteux et porteur de chances de succès plus grandes.


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