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Version Francaise

Déclaration de S.E.M Youcef YOUSFI, Ambassadeur Représentant Permanent devant la Quatrième Commission Sur Tous les Points Relatifs à la Décolonisation.



New York, 03 September 2006

Monsieur le Président,

Permettez-moi, tout d’abord, de vous présenter, à vous et aux membres du Bureau, mes vives félicitations à la suite de votre élection à la tête de notre Commission et de vous assurer du plein appui de ma délégation dans l’accomplissement de votre mission. Je demeure persuadé que, sous votre conduite éclairée, nos travaux seront couronnés de succès.

Je voudrais, également, remercier votre prédécesseur, l’Ambassadeur Yashar Aliyev d’Azerbaïdjan, et lui dire notre appréciation pour sa conduite remarquable des travaux de cette Commission, lors de sa dernière session.

Je tiens, aussi, à féliciter l’Ambassadeur Anthony Bryan Severin de Sainte-Lucie, qui vient de succéder à son compatriote, l’Ambassadeur Julian Hunt, à la tête du Comité Spécial des Vingt-quatre sur la décolonisation et formuler l’espoir de voir, sous sa présidence, progresser davantage la cause des pays et des peuples coloniaux.

Monsieur le Président,

Ce n’est, sans doute, pas un hasard si, au fil des ans, les réunions de la Commission des Questions Politiques Spéciales et de la Décolonisation sont devenues, pour les peuples encore inscrits sur la liste des territoires non autonomes, un moment d’espoir et, surtout, une tribune pour faire entendre leur voix et pour exprimer leur aspiration à la justice et à la liberté.

Parmi ces peuples, la population du Tokélaou a eu, au cours de l’année 2006, l’opportunité d’exercer, enfin, son droit à l’autodétermination à travers sa participation massive au référendum historique, du 11 au 16 février, sur l’examen du statut futur du Tokélaou.

Un autre peuple, dont le territoire est le dernier qui reste à décoloniser en Afrique, attend toujours de pouvoir exercer ce droit à l’autodétermination qui a permis à tant de peuples d’accéder à la liberté et de prendre en main leur propre destin. Inscrit en tant que question de décolonisation à l’ordre du jour de notre Organisation depuis plus de quarante ans et identifié comme territoire non autonome éligible à l’application de la résolution 1514 (XV) du 14 décembre 1960 portant Déclaration sur l’Octroi de l’Indépendance aux Pays et aux Peuples Coloniaux, le Sahara Occidental a vu son processus de décolonisation brutalement contrarié en 1975 lorsqu’il fut envahi, occupé et dépecé par son voisin du nord, et depuis, le droit de son peuple à l’autodétermination s’est trouvé, chaque fois, contrarié par les actes unilatéraux, les fausses promesses et les tergiversations de la puissance occupante.

Depuis la proclamation du cessez-le-feu sous les auspices des Nations Unies, à la suite de l’acceptation en 1990, par les deux parties au conflit né de cette occupation, le Front POLISARIO et le Royaume du Maroc, d’un Plan de Règlement - entériné par le Conseil de Sécurité dans ses résolutions 658 (1990) du 27 juin 1990 et 690 (1991) du 29 avril 1991, la puissance occupante, déterminée, comme elle est, à empêcher le peuple sahraoui de concrétiser sa revendication légitime d’exercer son droit à l’autodétermination, n’a cessé de dresser les obstacles et de multiplier les manœuvres dilatoires dans une vaine politique de fuite en avant visant à faire prévaloir le fait accompli et à faire admettre une souveraineté -que d’ailleurs nul pays au monde ne lui reconnaît- sur un territoire qu’elle occupe par la force.

C’est ainsi que les espoirs nés au lendemain de la conclusion, en 1997, des Accords de Houston pour faciliter la tenue du référendum d’autodétermination, comme ceux consécutifs à la présentation par l’ancien Envoyé Personnel du Secrétaire Général, M. James Baker, de son Plan de Paix unanimement approuvé par le Conseil de Sécurité dans sa résolution 1495 (2003), sont restés sans lendemain, victimes de cette politique faite de reniements et de dénis motivés par sa crainte d’aller vers un référendum d’autodétermination libre et régulier qui lui serait, inévitablement, défavorable.

Après avoir rejeté coup sur coup et déclaré, de manière unilatérale et arbitraire, comme étant inapplicables le Plan de règlement de 1990, les accords de Houston de 1997 et le Plan de Paix de 2003, tous conclus sous l’égide des Nations Unies et approuvés par le Conseil de Sécurité à l’unanimité de ses membres, le Royaume du Maroc voudrait, aujourd’hui, entraîner la communauté internationale hors de la légalité internationale et faire table rase de tout ce qui a été acquis par le peuple sahraoui et consacré par les Nations Unies en proposant un soi-disant plan d’autonomie interne sous souveraineté marocaine, comme si le territoire à libérer était une simple province marocaine en mal d’autonomie, et comme si cette souveraineté lui était reconnue par la communauté internationale . Ce soi-disant plan est, de toute évidence, mort-né.

Le Royaume du Maroc a fait accompagner son défi à la communauté internationale et son mépris pour la légalité internationale par une politique de terreur à l’intérieur des territoires sahraouis occupés qui, comme l’atteste la répression violente des manifestations du printemps dernier, s’est traduite par des violations graves des droits de l’homme à travers des arrestations abusives, des actes de torture et des campagnes d’intimidation et de harcèlement contre la population sahraouie. Le huis-clos dans lequel le Maroc a voulu confiner sa répression des revendications légitimes du peuple sahraoui a pris la forme d’une chape de plomb imposée aux médias locaux et d’une interdiction formelle d’accès signifiée aux organisations humanitaires, aux associations politiques et aux parlementaires étrangers, notamment européens.

Monsieur le Président,

L’Algérie qui, plus que des frontières, partage une communauté de destin avec les parties au conflit, demeure, plus que jamais, convaincue que le règlement juste et définitif du conflit du Sahara Occidental est celui-là qui garantit au peuple sahraoui l’exercice de son droit à l’autodétermination, à travers l’organisation d’un référendum libre et sans contrainte, conforme à la doctrine et à la pratique des Nations Unies en matière de décolonisation et ayant, donc, l’indépendance parmi ses options. C’est pour cela qu’elle continuera à apporter son plein appui au Plan de Paix, en ce qu’il constitue la solution politique optimale pour le règlement de ce conflit, et à soutenir les efforts des Nations Unies pour assurer sa mise en application.

Mon pays appelle, à cet effet, la communauté internationale et, singulièrement, le Conseil de Sécurité à assumer ses responsabilités à l’égard du peuple du Sahara Occidental et à rejeter toute approche qui s’écarterait de la légalité internationale et qui viserait à dénier au peuple sahraoui son droit imprescriptible à l’autodétermination.

En l’absence de nouveaux développements, tant au niveau de l’Assemblée Générale que du Conseil de Sécurité depuis l’adoption de la résolution 60/114 en décembre 2005, qui vient d’être solennellement et fort opportunément réaffirmée par le Sommet des Pays Non-alignés, tenu à la Havane du 11 au 16 septembre dernier, cette résolution garde toute sa pertinence et sa validité et devrait, donc, être reconduite en l’état afin que l’esprit de consensus qui a, de tout temps, animé les travaux de cette Commission continue d’y prévaloir.

Je vous remercie.


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